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Karel Pecka (1928-1997)

Les yeux de Sacha

Récit traduit du tchèque par Hana Barraud
Préface de Marie-Hélène Prouteau
alidades 2019, 12,5 x 21 cm,
52 pages, 6,00 €, ISBN 978-2-919376-65-0

Né en 1928, Karel Pecka, est arrêté en 1949 pour dissidence politique et passe plus de dix ans emprisonné et dans les camps, où il doit travailler, comme nombre de ses pareils, aux mines d’uranium. Il tire de cela de nombreux récits dont certains paraissent en Tchécoslovaquie entre 1966 et 1968. Interdit de publication à partir de 1969 et jusqu’en 1989, durant la période dite de « normalisation » qui a suivi le Printemps de Prague, il doit, pour survivre, travailler comme « pompeur d’eau » dans les marais de Bohème. Il parcourt ainsi le pays, de village en village, vivant de façon rudimentaire dans une roulotte qu’il partage avec l’un de ses compagnons de peine. Cette itinérance forcée et pénible est l’occasion pour lui d’enrichir sa perception de la réalité sociale et humaine. Il en tire plusieurs récits de grande intensité, dont « Les yeux de Sacha » : ce récit fortement autobiographique, où deux amis s'attachent à un chien errant, a tout de la parabole : dans un décor de misère et d'hiver glacial, le chien Sacha, corniaud famélique, est comme l'expression de la douleur et de l'absurdité des destins humains.
Auteur de nombreux livres – romans, poésie, nouvelles, théâtre – mais aussi metteur en scène, refusant tout compromis avec le régime (Il est un des premiers signataires de la Charte 77) il a parfois été considéré comme le Soljénitsyne tchèque. Son roman le plus célèbre, "Passage", publié d'abord aux éditions de l’Aube a heureusement été réédité aux éditions Cambourakis.
Karel Pecka est mort à Prague le 13 mars 1997 des suites d’une grave affection pulmonaire.

“En une poignée de pages, Karel Pecka dresse un portrait touchant de deux êtres pris dans les rouages de l'absurdité étatique” (Guillaume Contré, Le matricule des anges, n° 207)

“En ces lieux, et à cette époque, le bien-être et le répit ne peuvent être qu’éphémères. Les pompeurs d’eau le savent depuis longtemps et vont à nouveau en faire la douloureuse expérience. Il y a dans les environs des êtres qui n’aiment pas les chiens. Et d’autres qui, affamés, sont amenés à les aimer autrement. Ce sont ces destins tragiques, scellés par l’absurde et redoutable pouvoir en place, que dévoile ici, en à peine quarante pages, le subtil et percutant Karel Pecka (1928-1992).” (Jacques Josse, Remue-net)

“En moins de quarante pages d'une densité saisissante, l'auteur a fait tenir l'univers où vivait la Tchécoslovaquie dans les années 1970, monde de misère et d'imposture, de bureaucratie et de travail forcé, représenté à travers l'expérience de deux intellectuels employés aux tâches inutiles de pompeurs d'eau dans un marécage empoisonné de déchets.” Pierre Campion, sur Nonfiction et sur À la littérature.

Extrait :

– Patron, sois témoin de notre misère, se plaignait Macek, regarde à quel point nous sommes trempés, crottés, de pauvres malheureux exploités, misérables comme ce chien.
– Entendant qu’on parlait de lui, le chien accourut ventre à terre, s’assit sur le derrière, léchant la cendre de ses babines et inclina la tête d’un côté, puis de l’autre.
– Tiens, tiens, Míla, dit subitement Macek. Il a le regard d’Alexandre Dubček. Tout à fait, complètement.
Je regardais ce corniaud; il était là, assis, une expression mi-reconnaissante, mi-embarrassée dans les yeux. Macek avait une imagination de voyou, il me surprenait souvent avec ses idées. J’observai le chien un moment; il le sentit et leva vers moi ses yeux, incertains et coupables, comme s’il avait fait quelque chose de mal, comme s’il s’excusait d’être au monde.
– Il lui manque les lunettes, mais y a un petit quelque chose, ai-je répondu.
– Sacha, ici, Sacha, appela Macek; et le chien se dressa sur ses quatre pattes et se frotta contre lui, comme s’il avait toujours entendu ce nom. Sacha, maintenant tu t’appelles Sacha, dit Macek comme pour officialiser ce nom de baptême.

 

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