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Valentin Raspoutine

Baïkal
Que dois-je dire à la corneille ?


Baïkal
bilingue, traduit du russe par Jacques Imbert
alidades 1997, collection ’Petite Bibliothèque Russe’,
14,5 x 21 cm, 28 pages, 4,50 €, ISBN 978-2-906266-27-8

L’écrivain sibérien Valentin Raspoutine – 1937-2105 – (un des auteurs russes parmi les plus lus aujourd’hui), déjà connu en France par des romans tels que L’incendie, Vis et n’oublie pas, livre dans Baïkal un autre aspect de son talent et de ses préoccupations: dans une prose pleine d’éloquence, il chante son Baïkal, mer mystique autant que lac nourricier, matrice de l’identité profonde d’une région et de son peuple.

Extrait :

"Il n’a pas vu, mon camarade, le nord du Baïkal dans sa beauté rude et primitive qui vous fait perdre tout sens du temps et des affaires humaines, tant une éternité radieuse règne ici en maîtresse généreuse sur l’antique eau lustrale. Ces dernières années, d’ailleurs, l’homme se hâte là aussi, il met les bouchées doubles pour abréger selon son habitude les règnes, l’éternité, le calme et la beauté.

Il n’est pas allé non plus dans la Baie des Sables où l’ensoleillement annuel est meilleur que dans les stations balnéaires du Midi ; il ne s’est pas baigné dans le golfe de Tchivyrkouï où en été l’eau est aussi chaude que dans la Mer Noire.

Il ne connaît pas le Baïkal l’hiver, quand la glace transparente balayée par les vents paraît si mince que l’on voit, comme à travers une loupe, l’eau vivre et se mouvoir, et que l’on hésite à y poser le pied, alors qu’elle est épaisse d’un mètre et plus. Il n’a pas entendu, mon camarade, le Baïkal fracasser sans peine avant le printemps cette glace où il creuse des crevasses insondables et infranchissables, et où il érige ensuite dans un nouvel effort des cathédrales énormes taillées dans la merveilleuse banquise bleue.

Il n’a pas vécu ce conte féerique : c’est un voilier qui se précipite sur toi, toutes voiles de neige blanche déployées, puis un château fort qui plane dans les airs et descend doucement, comme pour se poser, ou alors des cygnes tout proches, aux têtes fièrement dressées... Ces mirages, fréquents ici, sont à l’origine d’une quantité de légendes et de croyances."




Que dois-je dire à la corneille ?
Bilingue. Récit traduit du russe par Irène Imart
alidades 2018, collection ’Petite Bibliothèque Russe’,
12,5 x 21 cm, 56 pages, 6,00 €, ISBN 978-2-919376-54-4

Un micro événement – une brouille bien ordinaire entre un père et sa petite fille – est le point de départ d’un questionnement introspectif sur la possibilité même de l’unité du moi. Des incidents des plus banals (comme un car qui ne part pas à l’heure) sont les signes révélateurs d’un problème de conscience dont toute la signification ne peut se révéler qu’au sein de l’immensité des paysages naturels du Baïkal. Ce récit est celui d’une angoisse aussi ordinaire qu’essentielle, et pose par accumulation de petites touches de grandes questions sur ce que nous sommes, ou ne parvenons pas à être.

La publication de ce récit inaugure une série consacrée aux textes courts de Valentin Raspoutine, choisis tout au long de son parcours créateur.

"Je plaçai mon dernier espoir dans l'instant de la séparation. Nous avions en effet l’habitude au moment de nous séparer, quoi qu’il se passe et même si cette séparation était banale et sans risque, de renoncer à tous nos griefs, justes ou injustes, pour nous quitter le cœur léger. Mes affaires prêtes, j’appelai ma fille.
– Au revoir. Que dois-je dire à la corneille?
– Rien. Au revoir, dit-elle en détournant les yeux, d’une voix trop indifférente et légère pour son âge.
"



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