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Joachim Sartorius


L'homme craint le temps ; le temps craint le poème

Essai sur la poésie, traduit de l'allemand par Joël Vincent
alidades 2019, collection ’Création’, cahier de 12,5 x 21 cm
36 pages, ISBN 978-2-919376-59-9, 5,50 €

Dans cet essai-discours prononcé le 24 octobre 2017 à Munich Joachim Sartorius interroge la manière dont l’écriture poétique s’empare de la temporalité, lui fait face et la brise pour la reconstruire à sa façon, substituant à la linéarité classique le carambolage libérateur des dimensions temporelles et la création de l’espace sans limites du poème.
Le ton est enlevé, spontané, malicieux parfois, ce qui donne au propos, nourri d’une impressionnante culture poétique, une présence palpable tout autant qu’une grande profondeur.

Joachim Sartorius est né en 1946 en Bavière. Il est poète et traducteur. Il a grandi à Tunis et après des études de droit et de sciences politiques a passé deux décennies dans les services diplomatiques à New-York, Istanbul et Nicosie.
Il a été jusqu’en 2000 secrétaire général de l’Institut Goethe. Puis, jusqu’en 2011, responsable du Festival de Berlin.


Extrait :

 

“Comprenez-moi bien: le langage parlé de tous les jours a sa base au sein du temps. Le langage de nombreux poèmes a aussi sa base au sein du temps. Mais à présent justement, le poème dont je parle se distingue du fait que son langage peut se détacher de la réalité et aussi du temps linéaire, et s’autorise donc à bâtir sa propre réalité. L’essence du poème, c’est l’irrévérence. Il n’a aucune déférence, aucun respect de la syntaxe, des règles, des conventions, et d’ailleurs aussi pas plus des contraintes temporelles et du cours des choses. Il peut se jouer des manifestations du temps-passé-présent-futur, il peut faire un fondu-enchaîné avec les époques tout comme il peut mélanger les lieux. Des villes de différentes époques – Carthage-Alexandrie-Byzance-New-york – peuvent être évoquées en un seul poème et se fondre pour donner une seule grande ville impériale. Les poèmes élaborent en général de rapides changements de perspective, en juxtaposant ce qui est incompatible, avec des décalages dans le temps, mais aussi des déplacementsdansl’espace: ici-là-bas-au loin-proche-directement en face. Et ils fonctionnent avec des moyens à transcender le temps, parfaitement raffinés, si bien que celui-ci peut se volatiliser en vers entre un autrefois et un futur et que naît alors un mouvement perpétuel.e souffle matinal qui brouille la fenêtre, mais suffit à fixer quelques mots:légers telles des plumes d’oiseaux, destinés au jour sans la moindre importance:c’est ainsi que je respire, écris et grâce à ces mots j’amadoue le soir: un souffle suffit.”.


 


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